Sur mon chemin (1) : Hélène

Sur mon chemin (1) : Hélène

Travailler en relation duelle avec des personnes en perte d’autonomie, isolées et souffrants de troubles neurologiques et/ou psychiques, a régulièrement quelque chose d’éprouvant.

L’adaptation est le maître mot qui doit s’exercer à tout instant dans la posture professionnelle tant par l’esprit, par les mots que par le corps.

La relation qui se tisse avec ces personnes en fragilité est essentielle.

Car c’est sur la confiance que la personne a en celle-ci que nous pouvons l’aider à traverser les moments difficiles ou à relever des défis qui amélioreront son quotidien.

Il arrive alors que le travail mené ainsi, dans l’alliance du professionnel et de la personne, fasse émerger hors des eaux tumultueuses d’un quotidien douloureux, des îles de sérénité laissant entrevoir des possibilités nouvelles pour construire, à l’abri des intempéries, un avenir prometteur.

Je vous partage ici, dans les grandes lignes, les fruits d’un accompagnement qui évolue heureusement et rapidement au regard même de la personne renforcée :

Hélène*, bientôt 80 ans et quelques neurotroubles naissants

Lorsque je rencontre Hélène à son domicile où elle vit avec son mari, je découvre une personne crispée aux larmes inépuisables. L’un de ses médecins m’a conseillé au couple pour un accompagnement** individualisé, respectant le refus de Mme de se rejoindre à un groupe.

Je n’aurais que rarement l’occasion d’observer directement ses troubles mnésiques naissant car pour l’heure, je m’engage d’abord à écouter son histoire et ce qui vient aujourd’hui sans cesse tourmenter sa vie.

Nous passons ainsi deux heures par semaines pendant quatre à cinq semaines à recueillir sa peine, sans jamais la remettre en question par le Réel que pourrait représenter son époux.

*le prénom a été modifié.
**Intervention « Autonomie, Mémoire & Entourage » à domicile

Au fil des rencontres, certains épisodes de sa vie reviennent sans cesse, mais d’autres se sont suffisamment fait entendre pour accepter de ne plus s’imposer.

Cela libère de la place pour prendre de la hauteur et commencer à aborder le quotidien et les besoins communs à toutes les histoires que Hélène me raconte de sa vie.

Entre autres besoins, nous mettons en évidence celui d’indépendance au regard de ses proches aidants. Ce besoin est entre-autre lié à son plaisir de sortir, de socialiser et de vivre de nouvelles expériences à partager.

C’est ici que, paradoxalement, l’option de se joindre une fois par semaine à un groupe permettrait de répondre à plusieurs de ses besoins : une journée en accueil de jour, avec aller-retour via une navette, sans le concours d’un aidant, permettrait à Hélène de vivre quelque chose à elle dans un environnement respectueux de ses capacités.

Après prises de contact, présentations répétées et nombreuses explications pour rassurer la peur de « rester sur place », nous organisons un essai étayé par l’alliance que nous avons tissée entre nous.

Le résultat est, sur l’instant, mitigé car la peur domine les pensées, mais la confiance de Hélène en nos accords mutuels permet de persévérer, de monter un dossier et de mettre en place avec moultes filets de sécurités trois premières journées.

Nous sommes ici à deux mois de ma première rencontre avec Hélène.

Très vite, Hélène décrit ses journées comme des moments de liberté.

Elle apprécie qu’on vienne la chercher le matin et qu’on la reconduise le soir sans avoir besoin de l’aide de ses proches.

Elle aime le contact des personnes sur place : les personnes accueillies autant que les personnes accueillantes.

C’est une journée pour elle, à elle, et où elle peut être elle-même.

Bien sûr, ce changement a fait remonter d’autres besoins insatisfaits depuis trop d’années et le travail est loin d’être terminé pour que Hélène puisse vivre un quotidien majoritairement apaisé.

Toutefois, il est à souligner qu’en ce début de mois de mai, soit à quatre mois du début de l’accompagnement :

  • Hélène a aujourd’hui un refuge à l’abri de sa tristesse ;
  • celle-ci ne s’impose plus autant qu’avant dans nos rencontres ;
  • pour la première fois, une séance a commencé par « aujourd’hui, ça ne va pas trop mal » soutenu d’un sourire ;
  • et, surtout, Hélène perçoit ses proches aidants sous un nouveau jour, observant leurs propres fragilités et, par contraste, sa propre robustesse et ses propres ressources oubliées.

Le projet d’accueil de jour était inenvisageable il y a quelques mois. Aujourd’hui, il a du sens et soutiendra les prochaines étapes du mieux-être.

Ce projet n’a jamais été le mien, mais il est devenu un moyen pertinent et respectueux du présent pour atteindre un futur plus désirable.

J’ai plaisir à partager ici ce genre d’évolution de situation aux obstacles pourtant nombreux.

J’y vois la démonstration que l’important n’est pas le poids des obstacles mais l’équilibre qu’il est possible de créer lorsqu’on leur accorde une place dans le système, comme les sujets d’un mobile complexe.

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